Pascale Camus-Walter : Lilou, ma première question c'est : qu’est ce qui pousse à faire le plus vieux métier du monde, parceque la poterie, c’est quand même le plus vieux métier du monde...

Lilou Milcent :
C’est tellement marqué comme question…

PCW : Dans tous les musées d’archéologie, partout, tout le temps, il y a de la poterie…

LM : Moi ça m’est tombé dessus, du jour au lendemain.

PCW : Les pots te sont tombés dessus ?

LM : Non, la terre, pas les pots…

PCW : Du jour au lendemain, comment ça, à quel âge ?

LM : A 14-15 ans. J’ai fait de la poterie dans un lycée, aux Pontonniers, avec une femme qui s’appelle Françoise Morin. Elle était prof de dessin, et il y avait un atelier de poterie.

PCW : Et c’était comment ?

LM : C’était une révélation, un déclic, t’es sûr que tu feras ça.

PCW : Ah oui ? Tu fais ça une fois et tu sais que tu feras ça toute ta vie ? Tu fais un stage et après tu sais que tu feras ça ?

LM : Ah oui, sûre et certaine.

PCW : Tu avais fait quoi ? C’étaient des colombins ? Du tournage ?

LM :
C’étaient des colombins ?

PCW : Même avec du colombin ça peut donner envie de tourner ?

LM : La question n’est pas de tourner ou pas de tourner. Je suis tombée dans la céramique, point. C’est pas forcément le tournage.

La céramique c’est l’ensemble, et la poterie c’est le pot

PCW : Est-ce qu’il faut dire la céramique ou la poterie ?

LM :
On dit ce qu’on veut. La céramique c’est l’ensemble, et la poterie c’est le pot. Si tu veux englober ce qui n’est pas rond ou utilitaire, on dit céramique.

PCW : On va parler de l’utilitaire, parceque j’ai l’impression que tu fais une distinction très forte entre ce qui est utilitaire et artistique. J’ai remarqué dans les photos d’archives que tu m’as donnée que tu avais marqué en grand « utilitaire » comme s’il fallait bien les distinguer ?

LM : Oui, il y a une période où je faisais de la porcelaine et du grès. Donc j’étais dans deux domaines.

PCW : La porcelaine à cette époque n’était pas utilitaire ?

LM :
Non, elle était purement décorative.

PCW : Et maintenant, tu fais les deux ?

LM : Je fais les deux.

PCW : Donc, tu n’as plus besoin de les distinguer.

LM : Non.

Grès noir, porcelaine blanche

PCW : Dans ton évolution artistique, il y a eu plusieurs phases. Je voulais savoir ce qui te fais évoluer. Qu'est-ce qui te fais changer de style ? Est-ce que c'est le travail sur la matière, la chimie des couleurs ? Est-ce que c'est l'évolution du décor ? Est-ce que c'est un changement d'atelier ?

LM :
Il y a le changement d'atelier, justement pour ce qui concerne ce passage à la porcelaine comme unique technique.

PCW : C'est ton atelier de la Place de la Mairie ?

LM :
Oui. Quand j'ai quitté le Chemin de la lavande, que j'ai divorcé, je me suis dit : « Je fais une nouvelle vie, je n'ai pas envie de continuer la même chose. En plus le grès, c'est quelque chose de triste, c'est une terre très noire. Les ateliers sont tristes.

PCW : Ah bon ? Avec le grès, la terre est noire ?

LM :
Les ateliers sont gris...

PCW : Qu'est-ce que tu as travaillé comme terres ?

LM :
Grès et porcelaine. C'est tout. J'ai toujours fait de la haute température.

Je suis une pyromane !

PCW : C'est quoi la haute température ?

LM :
Et bien c'est toujours entre 1 300° et 1 500°. En céramique, il y a plein de domaines. Il y a la céramique de base, aux alentours de 600°. Ici en Europe, c'est plutôt 900°. Ca concerne les tuiles, les choses comme ça, la brique.

PCW : mais quand c'est cuit à 600° ça tient moins bien ?

LM :
Bien sûr, c'est beaucoup plus fragile. Après il y a la faïence entre 900° et 950°. Dans la faïence il y a plusieurs domaines. Tu as la terre vernissée, les faïences, enfin, il y a plusieurs domaines La céramique c'est un domaine où il n'y a pas de frontières exactes. Il y a des choses qui se croisent. Et ensuite tu as le grès, donc environ 1200°, entre 1200° et 1300° et tu as la porcelaine 1280° et 1450°.

PCW : On voit que c'est une passion chez toi, cette question de la chimie, l'achimie

LM : Je ne suis pas du tout théoricienne. Je suis très mauvaise en théorie, mais je suis pyromane !

PCW : Cramer les trucs, quand même, ça te plaît ?

LM : Ah oui, et puis essayer des choses à problème, des effets de matière, le mat le brillant, des colorations, des choses comme ça. Mais moi j'ai bossé avec un très grand spécialiste d'émaillage et donc de chimie vraiment poussée et j'ai appris beaucoup et j'ai compris que je ne ferai pas les meilleures pièces du monde dans ce domaine.